Ayant oublié mon bouquin chez moi avant de prendre mon train pour Paris (Brooklyn Folies de Auster, génial), j’ai couru au point-presse pour en acheter un de substitution. Pressé par le temps, j’ai pris le premier dont la couverture me plaisait, “Je, François Villon” de Jean Teulé.
Personnellement je ne connaissais pas cet auteur - pardonnez moi si cela est une hérésie mais ça ne fait que 3 ou 4 ans que je lis des bouquins écris après la seconde guerre mondiale - mais son livre est passionnant.
Biographie romancée de François Villon dont le style est très intimiste, allant parfois jusqu’à l’écoeurement dans cette proximité avec les moeurs de l’époque (1431-1460).
François Villon, né le jour de la pendaison de Jeanne d’Arc, dont le père a lui aussi eu droit à un collier de chanvre et la mère fut enterrée vivante pour un troisième et dernier larcin, a modelé son écriture au contact des voleurs, des bandits de grands chemins, des rois ou encore des prostituées.
Il a traversé cette époque s’abreuvant de tous les plaisirs, des plus sublimes aux plus abominables, pour laisser de somptueux poèmes dont la portée ne prend son sens qu’en touchant du doigt le contexte de leur écriture. Il a surtout laissé une liberté et une force dans les textes qui aura contribuée à l’écriture de ceux de ses descendants.
Extrait d’un texte de Villon :
Qu’en réalgar et en arsenic de roche, en orpiment, en salpêtre et chaux vive, qu’en plomb bouillant pour mieux les réduire en morceaux, qu’en suie et poix délayées dans l’eau d’une lessive faite de merde et de pisse de Juive, qu’en lavures de jambes de lépreux, qu’en raclures de pieds et vieilles bottes, qu’en sang d’aspic et drogues venimeuses, qu’en fiel de loups, de renards, de blaireaux, soient frites ces langues ennuyeuses.
Frères humains qui après nous vivez, N’ayez les cœurs contre nous endurcis.” Signé François Villon. Cet homme est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d’Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a appris le grec et le latin à l’université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les étudiants, les curés, les prostituées, les assassins, les poètes et les rois. Aucun sentiment humain ne lui était étranger. Des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu’un homme peut commettre.
(Texte faisant allusion au vêtement que s’est fait son tortionnaire, Thibault d’Aussigny, évêque d’Orléans, avec les langues de ses victimes torturées)




trackback uri
6 commentaires
Mon texte préféré :
Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Si frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis ;
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
À lui n’ayons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Le procédé vu sous un angle cognitif semble relativement simple : non seulement inclure en un même visuel les dits extrêmes en s’inspirant de personnages ou figures anodines qui génèrent une insidieuse violation des schémas de pensées conceptuels.
Villon a tres petite dose par an j’aime bien.
P*tain, sur le coup j’ai cru que t’avais lu un bouquin sur François Fillon! J’ai eu peur…
rire
Ah le Moyen Age, c’était le bon vieux temps à lire ces joyeusetés !! :-)
teulé est de la manche (gage de qualité!!)
j’ aime bien sa plume.
je ne suis pas un spécialiste mais c’ est souvent subtile.
“le magasin des suicides “, c’ est terrible-)