Dans un petit village au fin fond de l’Argentine, l’avocat Ponce attend l’autobus qui doit ramener sa sœur en ville. Mais ce jour-là, le bus passe sans s’arrêter…et il en sera de même pour le restant de la semaine.
Ceci alimente rapidement les conversations, rumeurs et autres ragots des habitants du village qui devient, peu à peu, totalement cloisonné. Plus personne ne peut en sortir et aucune information n’y parvient.
Et l’on croirait entendre la mélodie d’un langoureux tango chez rubén, ce bar sombre où se retrouvent, presque chaque soir, Ponce et un intrigant couple qui cherche à quitter le village le plus vite possible. On les imagine enlacés, dangereux, vêtus de noir et perdus dans une épaisse fumée de cigarette, comme deux danseurs de tango.
L’auteur recrée une atmosphère pesante et étouffante qui nous rappelle les sombres heures de l’Argentine et de toute l’Amérique latine dans les années 70. A l’époque, le continent était cloisonné par la mise en place du plan Condor qui a permis aux services secrets des nombreuses dictatures de travailler ensemble et d’arrêter les opposants au pouvoir.
Ces escadrons de la mort, commandités notamment par la CIA, culmineront avec l’assassinat du président socialiste Salvador Allende au Chili en 1973.
De plus, Eugenia Almeida ne révèle jamais vraiment que la dictature est à l’origine de toute cette farce macabre. On apprend seulement, à force de bavardages entre villageois et conversations répétées, que l’armée recherche un couple de subversifs et refuse de rouvrir la gare et la station d’autobus. Tout semble caché, latent, comme à l’époque des disparitions sous Videla.
Ce pouvoir d’enfermer les autres apparaît également dans le couple Ponce. Tous deux sont prisonniers depuis le soir où ils se sont connus, quand elle lui a dit : « ne t’inquiète pas… ce n’est que du sang. » Quand il apprit qu’elle était enceinte, il l’épousa pour éviter qu’un scandale n’entache sa brillante carrière d’avocat. Mais elle perdit le bébé et il la détesta tellement de l’avoir enfermée dans cette vie pour rien, que son seul objectif devint de la faire souffrir chaque jour un peu plus. Ils emménagèrent alors dans ce petit village perdu et il l’obligea à vivre chez une vieille matrone…
Beaucoup de style et de délicatesse qui tranche avec la violence et la monstruosité de certains passages.





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4 commentaires
Quel climat hostile cette amérique latine des 70’s-80’s … Ca m’a l’air d’être un très beau livre ! Merci pour cette présentation ! ;)
(et encore bien venue dans la rédaction)
Je fais l’interface entre Jennifer et le blog en ce moment ; elle prendra bientôt le temps de participer aux comm’, m’a-t-elle dit.
Oui, une petite présentation s’impose (et une photo aussi … pour qu’on sache à qui on a affaire …)
Obsédé! ;-))