L’Exodus, tout le monde a entendu ce nom qui évoque la création de l’Etat d’Israël. L’Exodus était un bateau transportant en 1947 des immigrés clandestins, des Juifs, des survivants de la Shoah. Leur destination: la Terre promise, la Palestine, alors sous protectorat anglais. Capitaine à 23 ans seulement de ce bateau, Ike Aronowicz se souvient, 60 ans après, de cette odyssée entrée dans l’Histoire. De ce scandale qui émeut alors le monde entier. Celui qui poussera, le 29 novembre 1947, l’ONU à adopter la résolution 181, qui pose le principe du partage de la Palestine en deux États, et la naissance d’Israël.
La Seconde Guerre Mondiale est terminée. L’horreur également pense-t-on. Pourtant, en 1945, les Juifs d’Europe n’ont pas fini de souffrir. L’antisémitisme est encore présent, en Pologne ou en Allemagne notamment. Revenus des camps de la mort, comme on les surnomme depuis, des milliers de personnes meurtries refont surface. Mais un nouveau calvaire commence. Sans passeport ni carte d’identité, sans famille, sans domicile, sans patrie, où peuvent-ils bien aller, ces rescapés de l’au-delà? L’Europe, qui n’a plus voulu d’eux, est en ruines. Dans ces conditions, la thèse sioniste ne peut que s’étendre. Et nombreux sont ceux qui veulent désormais rejoindre la Palestine. Par tous les moyens.
Tous les moyens, cela signifie l’illégalité. Sous protectorat britannique, la Palestine est un rêve inaccessible. Soucieux de respecter l’équilibre entre citoyens Juifs et Arabes, les Britanniques n’ont aucune envie de voir arriver des vagues d’immigrants Juifs par dizaines de milliers. La frontières est fermée, les côtes surveillées, les visas de séjour distribués au compte-gouttes. La résistance s’organise.
Isaac Aronowicz, surnommé Ike, a eu de la chance, lui. Sentant monter le front antisémite, son père a réussi avant-guerre à faire passer sa famille en Palestine. Quelques années après, Ike décide, à 17 ans, de s’engager dans la marine pour combattre les Allemands. Revenu au pays, il devient membre du Palmach, l’unité d’élite de la Haganah, mouvement d’autodéfense des Juifs de Palestine. C’est cette organisation qui l’envoie en novembre de la même année aux Etats-Unis.
C’est là, à Baltimore, que commence l’épopée de l’Exodus. Vieux rafiot abandonné dans le port de Baltimore, il s’appelle encore Président Warfield, du nom du président de la compagnie qui l’a fait construire. Le bateau est à peine en état de marche, mais il fera l’affaire. Il a même tous les atouts pour fausser compagnie aux vaisseaux de guerre britanniques.
Ike Aronowicz raconte ensuite son arrivée en France, la mise en état du bateau et le départ du port de Sète. Conçu pour transporter 300 personnes aisées, le bateau, dépouillé, accueille 4545 personnes de tous âges, toutes juives, pour cette traversée devant durer plusieurs jours. Face aux bâtons mis dans leurs roues par les autorités britanniques, Ike et ses alliés utilisent le bluff et l’aide apportée par leurs contacts Français, jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir.
Beaucoup de bateaux tentent leur chance à l’époque, mais aucun ne transporte autant de clandestins. C’est la force de l’Exodus. Au large d’Haïfa, celui-ci est arrêté par la force par les Britanniques. La bataille fait 3 morts. Devenu prison flottante, l’Exodus devient un symbole: les Britanniques, qui ont lutté contre les Nazis, se comportent maintenant comme ces derniers contre les Juifs. Mais le long calvaire des passagers de l’Exodus n’est alors pas terminé…
Les souvenirs d’Ike Aronowicz sont d’une précision redoutable. Promu capitaine pour cette mission, celui-ci n’oublie rien de l’horreur qu’il a vue, des difficultés rencontrées, ni de ceux qui ont permis à cette entreprise de devenir un acte fondateur. Cet ouvrage permet enfin à l’Exodus de prendre la place qu’il mérite dans l’Histoire du XXe siècle. Un élément décisif pour comprendre un peu mieux les problèmes actuels entre Palestiniens et Israéliens.




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1 commentaire
Excellent PJ !!!
On oublie un peu trop la situation des juifs, et de tous les ressortissants en général après guerre.
Bonne méthode, en effet pour comprendre le conflit israëlo-palestinien