Je tenais vraiment à lire l’autobiographie de Simone Veil, une personne à la vie hors-normes, mais que je connaissais mal de part mon âge. Ce livre m’a ébloui. On y découvre Simone Veil telle qu’elle est: combattante, franche, directe, précise, le tout dans un style littéraire à son image. Madame Veil n’y fait pas de révélation fracassante sur les dessous de la politique, qu’elle connaît sur le bout des doigts, ne s’embarrasse pas d’attaques superflues, elle décrit sa vie, son parcours, ses idées, ses convictions, ses inimitiés aussi, tout ce qu’on recherche en fait. Pour mieux connaître l’histoire d’une personnalité majeure de l’Histoire de France.
Née dans une famille juive non pratiquante, farouchement favorable à la laïcité mais divisée politiquement, la jeune Simone Veil connaît une enfance heureuse, entourée de l’amour de sa mère et de ses sœurs, une complicité quasi-fusionnelle. Cet équilibre familial s’avèrera crucial tout au long de sa vie.
La première preuve, la plus difficile, intervient lors de son adolescence. La montée de l’antisémitisme lui fait découvrir sa «différence», son judaïsme, dont elle n’avait pas conscience. Déportée durant la Seconde Guerre Mondiale, la jeune Simone Veil perd ses parents et son frère dans les camps de concentration. Sa combativité, son audace, mais aussi sa générosité lui permettront de survivre à cette insurmontable épreuve.
La guerre terminée, les survivants de sa famille retrouvés, la jeune Simone n’a rien perdu de son envie de donner un sens à son existence. Sur l’exemple de ses parents, elle parvient à fonder un foyer équilibré avec son mari Antoine, sans rien renier de son ambition: travailler. Marquée par la dépendance de sa mère, au foyer, la jeune femme s’acharne à reprendre ses études de droit et à entamer une carrière professionnelle, parfois contre l’avis de son mari, et des habitudes de l’époque.
C’est alors le début des combats. Affectée à la direction de l’administration pénitentiaire, la jeune avocate, passionnée par son travail, milite pour l’amélioration des conditions de détention dans les prisons françaises. Combat d’une difficulté incroyable. Mais ce n’est peut-être rien par rapport à ceux qu’elle va mener après sa nomination au gouvernement, la première lors de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République en 1974.
Le nom de Simone Veil reste depuis lors lié à celui d’IVG. Dans une société extrêmement conservatrice, ce débat sur la contraception et l’interruption volontaire de grossesse avait déjà été lancé par Lucien Neuwirth, mais sans succès. Forte des enseignements de ce premier échec, elle parvient à convaincre l’assemblée de la nécessité de cette loi, pour une question de santé publique. Trop de femmes avortent alors dans la clandestinité, au mépris de leur santé. Votée d’une courte majorité, le combat le plus médiatisé de Simone Veil est une grande victoire pour la condition féminine toute entière.
Son autre grand combat fût l’Europe. Première présidente du Parlement européen, Simone Veil, européenne convaincue, combattra pour ses idées trente mois durant, la durée de son mandat, avant de prendre du recul avec la politique, un milieu qui n’est pas totalement le sien. Electron libre, Simone Veil n’est pas vraiment à droite, ni à gauche. Elle reste fidèle à ses propres idées, prend le meilleur où elle le trouve, sans coller à une étiquette. «Je suis incapable de travestir mes convictions» avoue-t-elle d’ailleurs. Ce qui ne l’a pas empêchée de côtoyer plusieurs générations d’hommes politiques, du Général de Gaulle à ceux qui dirigent actuellement notre pays. Nicolas Sarkozy? «un homme aussi vif qu’intelligent, infatigable travailleur, exceptionnellement au fait de ses dossiers, il n’est à l’aise que lorsqu’il défend ses convictions face à un adversaire de poids.» Si le travail effectué par celui qui est aujourd’hui Président de la République lui laisse une bonne image de ce dernier, il n’en est pas de même avec Ségolène Royal. «Je suis convaincue que Nicolas Sarkozy aurait préféré se retrouver face à Dominique Strauss-Kahn, homme d’expérience et de compétence, plutôt que face à Ségolène Royal, plus inconsistante, plus floue dans ses jugements bien que plus entêtée jusque dans l’erreur,» écrit-elle sur l’ancienne candidate socialiste. Fidèle à son style, Simone Veil est directe…
Cette présentation n’est que minimale, mais ce minimalisme ne saurait travestir toute l’admiration que je porte à cette personne. Ni moralisatrice ni prétentieuse, cette autobiographie raconte les horreurs vécues sans en faire une carte de visite. Une force que bien des personnes n’ont pas dans cet exercice périlleux. Femme simple, l’auteur n’en fait jamais trop. Chacune des 11 parties pourrait pourtant être un ouvrage complet à elle seule tant cette vie fût riche. A l’aube des ses 80 ans, Simone Veil, toujours aussi éprise de justice, continue inlassablement de lutter pour la reconnaissance des Justes. Un éternel combat pour cette dame qui ne saurait vivre sans lutter pour ses convictions. Une femme au destin exceptionnel. Peut-être le chef d’Etat dont la France aurait eu besoin.





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1 commentaire
Un destin exceptionnel pour une femme qui ayant vécu l’inhumanité a trouvé la force d’agir pour le bien de la collectivité. L’égoïsme et le repli sur soi aurait été tellement plus simple que de se tourner sur les autres en politique et de faire vivre le “devoir de mémoire”.