Rock’n'roll, la discothèque rock idéale, 101 disques qui ont changé le monde. Voila le titre exhaustif de ce bouquin. rien que ça! Philippe Manoeuvre n’est pas un modeste, loin de là. Mais voila un ouvrage qui mérite qu’on parle de lui. Ne serait-ce que pour le travail demandé: pas moins de six années de recherches pour concocter ce “best of” de l’histoire du rock. Un ensemble forcément subjectif, avec les critiques que cela attend, mais d’un grand intérêt.
L’ouvrage présente chaque album sur une double page. D’un côté un commentaire qui résume parfaitement l’époque, le contexte et les répercussions sur le monde musical et de l’autre, le principal intérêt du bouquin, des reproductions des pochettes originales de chaque disque. Une oeuvre magnifique visuellement.
En revanche, pour ce qui est des commentaires, ça se gâte. Il faut se fader le style Manoeuvre, que les amateurs de Rock & Folk connaissent bien. Ils reconnaîtront d’ailleurs certaines chroniques, puisqu’elles sont en fait reprises du même magazine. Ce style, parfois d’une lourdeur implacable, fait ressortir tout le narcissisme de Philippe Manoeuvre, autoproclamé mémoire du rock. Sa propre interview en préface ne fait que conforter ce sentiment. Et s’il offre parfois des anecdotes intéressantes, voire croustillantes, sur les divers groupes et albums énumérés, le texte reste plat, et comporte quelques inexactitudes (si, Jeff Buckley a connu son père!).
Les textes portent donc à la critique, mais le choix encore plus. Forcément, en réduisant l’histoire du rock à 101 albums, tout le monde ne sera pas content. Mais quelques questions se posent. Elvis est présent, forcément, mais ses sessions Sun, c’est pas vraiment un album. Et Manoeuvre fait son chemin sur l’autoroute du rock: les Beatles, les Stones, les Doors, Led Zep… Du classique, incontournable. Mais pas de Tim Buckley, Nick Drake ou Leonard Cohen, dommage (même si je n’apprécie pas trop le dernier nommé). On trouvera par contre quelques égarés, comme Diana Ross, Marvin Gaye voire Michael Jackson. Du rock ça? Subjectif. Certains groupes sont également bizarrement représentés: Bowie par Pin ups et non Ziggy Stardust, les Clash par Clash et non London Calling, ou les Red Hot par One Hot Minute et pas Blood Sugar Sex Magic. Un choix personnel, subjectif. Mais les années 90 posent problème. Air? Les Libertines? Le Black Album de Metallica, Mellon Collie and the Infinite Sadness des Smashing Pumpkins ou Joshua Tree de U2 auraient plus leur place. Ce n’est en fait pas LA discothèque idéale, mais bien la discothèque idéale DE Philippe Manoeuvre. Subjectif!
En résumé, un ouvrage sujet à critiques, mais qui reste passionant. Il est en fait plus intéressant par la forme que pour le fond. Les albums, classés par ordre chronologique, sont parfois de petits bijoux inconnus du grand public, notamment pour les plus jeunes générations. J’ai ainsi pu découvrir des merveilles, comme Forever Changes de Love, Ola du Jeff Beck Group (Rod Stewart jeune, ça choque!) et j’en passe. Ce livre est fait pour ça: découvrir ou redécouvrir ce qu’on n’aura jamais l’occasion d’entendre. A voir pour les magnifiques reproductions de pochettes, et à compléter avec Rock, Pop, Un itinéraire bis en 140 albums essentiels, de Philippe Robert (des Inrock’), chez Le Mot et le Reste.
Rock’n'roll, la discothèque rock idéale, 101 disques qui ont changé le monde ; Philippe Manoeuvre ; Albin Michel ; 2005 ; 213 pages ; 24€.







trackback uri
6 commentaires
Qui dit Rock dit Xaxou ! ;)
L’ami Manoeuvre se limite au Rock US et British si je comprends bien ?
Dommage car des artistes comme Rita Mitsouko, Noir Désir, Louise Attaque, Treponem Pal ou Mano Negra ont apporté de belles pierres au Rock et à la musique en général. A l’Est, il y a aussi plein d’artistes qui gagnent à être connus comme Zveri chez les russes ou Tartak chez les ukrainiens (2 pures merveilles). Et en Allemagne, Rammstein, Ooomph, Motorhead ou Kraftwerk !
Parmi les anciens, je citerai pour mes préférés les Who (surtout l’album Tommy), Iggy Pop (quelle énérgie), Tom Petty, Chris Isaak ou encore Cat Stevens et effectivement Leo Cohen (que j’adore). Concernant les Clash je partage plutôt l’avis de Manoeuvre !
Sinon pour les artistes + récents, j’aurais cité Primal Scream, Live, White Zombie, Pavement, Radio 7, Radiohead, Coldplay …
sinon concernant Jackson, certains titres sont très orientés Rock (Beat it ; Dirty Diana ; Bad ; Smooth criminal pour les plus connus)
Concernant U2, je suis d’accord avec toi pour Joshua Tree (bien que c’est + 80’s que 90’s) et j’aurais cité aussi Achtung Baby ou War.
D’ailleurs, les 101 albums correspondent à combien d’artistes ?
Mais c’est vrai que le Rock englobe pas mal de trucs : de la fusion au Trash metal, Gothic etc … Finalement, c’est pas aisé d’écrire de manière pertinente sur 1 sujet si vaste.
Oui, c’est très vaste, d’où la subjectivité d’un tel classement. Mais bon, Michael Jackson ou Bob Marley, c’est un peu étranger à ça.
Il y a 101 albums pour un poil moins d’artistes, certains étant représentés par 2 albums, comme les Beatles, les Doors, Led Zep, les Stones ou les Stooges. Certains apparaissent aussi en solo puis avec un groupe, comme Franck Zappa ou Lennon, et d’autres avec deux groupes différents, comme Jimmy Page avec les Yarbirds puis Led Zep.
Quel album de Jackson est cité ? Comme je le disais + haut, il a de nombreux titres très orientés rock. Par contre Bob marley, Diana Ross ou Marvin Gaye, là ça me dépasse effectivement. J’espere qu’ il a eu la décence de ne pas citer les Village People ou pire Boney M … ;)
“Off the wall”, pas le plus rock de tous en plus!